Smiljan Radić, Pritzker 2026 : ce que son architecture nous dit de notre époque
Le Chilien Smiljan Radić reçoit le Pritzker 2026 pour une architecture qui refuse les certitudes. Son œuvre discrète, à contre-courant, est un retour délicat aux fondations élémentaires du bâti.
Un Pritzker chilien, dix ans après Aravena
Le 12 mars dernier, à l'autre bout du monde, un architecte chilien de soixante ans a reçu la plus haute distinction de notre métier. Smiljan Radić Clarke devient ainsi le second Chilien à décrocher le Pritzker, dix ans après Alejandro Aravena — qui présidait précisément le jury cette année.


Une œuvre discrète, presque invisible
L'œuvre est discrète, l'homme l'est aussi. Radić travaille depuis Santiago avec une poignée de collaborateurs, loin des cabinets-galaxies qui peuplent habituellement le palmarès. Son nom dit pourtant quelque chose à tous ceux qui ont arpenté les jardins de Kensington en 2014 : c'est lui qui a posé sur la pelouse de la Serpentine Gallery cet anneau translucide en fibre de verre, retenu au sol par d'immenses pierres brutes. Une coque, presque rien, et pourtant un événement.


La radicalité du retour aux fondations
Le jury parle d'une « originalité radicale ». La formule suggère un geste tapageur ; c'est l'inverse. La radicalité de Radić consiste à revenir aux fondations les plus élémentaires de l'architecture — la pierre, la lumière, l'ombre, le seuil — et à les manipuler avec une infinie délicatesse. Ses bâtiments paraissent inachevés, parfois précaires, comme posés là en attendant que quelqu'un veuille bien les habiter. Au Teatro Regional del Biobío, à Concepción, l'enveloppe semi-translucide module la lumière le soir venu comme une lanterne de papier ; au restaurant Mestizo de Santiago, d'énormes rochers tiennent un toit qui semble retenir son souffle.





Une architecture qui refuse les certitudes
Ce qui frappe, et ce qui justifie sans doute la décision du jury, c'est que cette architecture refuse les certitudes. À une époque où l'on attend du bâtiment qu'il affiche sa performance, sa signature, sa pertinence sociétale, Radić préfère l'incertitude, l'expérimentation matérielle, la mémoire culturelle. Il évoque lui-même des structures qui se tiendraient « sous le soleil pendant des siècles, en attendant notre visite ». La phrase est belle ; elle dit l'essentiel.

Que retenir, depuis Paris ?
Que retenir, depuis Paris, de cette nouvelle ?
Peut-être ceci. À l'heure où la profession s'épuise à courir derrière les normes, les labels et les seuils carbone — et nous sommes les premiers à y souscrire — il est précieux qu'un prix mondial rappelle que l'architecture est aussi, fondamentalement, un acte d'attention. Attention à un lieu, à une matière, à un usage, à celui qui poussera la porte. Cette attention-là ne se mesure pas, et c'est sans doute pour cela qu'elle se perd. Le Pritzker 2026 a choisi de l'honorer.
Construire, c'est d'abord regarder
Quand Aravena dit de Radić qu'il sait « rendre évident ce qui ne l'était pas », il pourrait parler de toute bonne architecture. Construire, c'est d'abord regarder.

Crédits photographiques : toutes les images de cet article sont publiées par The Hyatt Foundation / The Pritzker Architecture Prize sur pritzkerprize.com et reproduites ici à des fins éditoriales d'information et de commentaire critique (article de presse spécialisée), sans intention commerciale, dans le cadre des courtes citations et de l'exception de revue / commentaire prévues par l'article L.122-5 du Code de la propriété intellectuelle. Tous droits réservés à leurs auteurs et au Pritzker Prize. Sur simple demande des ayants droit, ces visuels seront retirés.
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